Investissement : ce que révèlent les portefeuilles types de l’AMF
L’Autorité des marchés financiers (AMF) a dévoilé pour la première fois les portefeuilles modèles utilisés dans ses simulations de rendement à long terme. L’occasion d’analyser les arbitrages entre actions, obligations, monétaire et immobilier dans une gestion standardisée. Un outil de référence… et de pédagogie.
Trois profils, trois allocations, un seul objectif : lisibilité
Dans le cadre de sa mission d’éducation financière, l’AMF a rendu publique une innovation discrète mais stratégique : les portefeuilles types utilisés dans ses communications de rendement à long terme. Ces modèles servent de base aux simulations publiées depuis 2022, destinées à guider les épargnants dans leurs choix de placement.
Concrètement, l’AMF définit trois profils de risque types – faible, moyen et élevé – auxquels elle associe des allocations d’actifs standardisées, exprimées en pourcentage d’exposition. Chacun de ces profils repose sur une combinaison équilibrée entre actions, obligations, liquidités (monétaire) et immobilier (via des supports type SCPI ou OPCI) :
Le profil prudent mise avant tout sur la stabilité, avec 5 % d’actions, 45 % d’obligations, 35 % de monétaire et 15 % d’immobilier.
Le profil équilibré augmente la part de diversification dynamique : 30 % d’actions, 35 % d’obligations, 20 % de monétaire et toujours 15 % d’immobilier.
Le profil dynamique, destiné aux investisseurs acceptant une forte volatilité pour viser un rendement supérieur, est composé à 60 % d’actions, 20 % d’obligations, 5 % de monétaire et 15 % d’immobilier.
Ces allocations reposent sur une logique de diversification large, avec 15 % de pierre-papier dans chaque cas (SCPI, OPCI, SIIC). Elles permettent à l’AMF de fournir des estimations réalistes de performance nette de frais sur 5, 10 et 20 ans, en prenant en compte l’évolution historique des classes d’actifs, leurs volatilités, et la structure de coûts moyenne.
Ainsi, un profil moyen peut espérer 4,6 % de rendement annuel net sur 20 ans, contre 6,3 % pour le profil élevé et 2,7 % pour le profil prudent. Ces chiffres sont corrigés de l’inflation anticipée (environ 2 % par an) et incluent les frais moyens des produits (unités de compte, ETF, fonds euro, SCPI…).
Un outil utile pour comparer… mais à manier avec recul
L’intérêt de ces portefeuilles types est double. D’une part, ils permettent aux épargnants de comparer les scénarios : quelle performance viser pour atteindre 100 000 €, 200 000 €, 500 000 € à l’horizon retraite ou transmission ? D’autre part, ils servent de base de discussion avec les conseillers, dans une logique de transparence.
Mais l’AMF met en garde contre une lecture trop rigide de ces modèles. Ils ne constituent pas des recommandations personnalisées, mais une grille d’analyse pédagogique. « Ces portefeuilles sont conçus pour illustrer des tendances de long terme, pas pour guider l’allocation précise d’un investisseur », rappelle Claire Castanet, directrice des relations avec les épargnants à l’AMF.
Par ailleurs, ces modèles intègrent des hypothèses standardisées de frais (1,5 % pour les UC, 0,5 % pour les ETF, 2 % pour les SCPI), qui peuvent fortement varier selon les produits réellement choisis. Le choix du mode d’investissement (assurance vie, PEA, PER, compte-titres) est également absent de l’analyse, alors qu’il impacte fortement la fiscalité.
Enfin, certains produits ne sont pas modélisés du tout : cryptoactifs, private equity, obligations non cotées… Ces véhicules plus risqués ou plus confidentiels ne rentrent pas dans le périmètre « grand public » de l’AMF.
Il n’en reste pas moins que ces allocations types fournissent un repère clair, notamment pour les jeunes épargnants, les investisseurs débutants, ou ceux qui souhaitent tester leurs projections sur des simulateurs.



